La femme qui brula sa cage

À quinze ans, on l’avait clouée à un lit de saloon comme une marchandise qu’on pose là,
et on lui avait soufflé que sa vie appartenait aux hommes assez riches pour l’acheter quelques heures.
À vingt ans, Lydia McGraw n’était plus une enfant :
c’était une ombre épuisée par les nuits noyées de whisky,
par les mains qui prenaient sans demander,
par les barons du bétail qui la brisaient
comme on casse un outil trop utilisé.
Mais un soir, quelque chose céda en elle.
Un contremaître ivre voulut la verrouiller dans sa chambre, et elle lui sourit.
Un de ces sourires qu’on donne
lorsqu’on a déjà choisi la sortie sans retour.
Elle hocha la tête. Elle attendit.
Elle respira lentement, comme avant la tempête.
À minuit, elle répandit de l’huile de lampe sur les marches du Golden Spur.
Puis elle craqua une allumette.
Le feu prit d’abord timidement, comme une hésitation…
Puis monta d’un seul souffle, comme un cri longtemps retenu.
Lydia descendit les marches sans se retourner.
Elle n’avait pas besoin de regarder :
Elle savait que derrière elle, ses bourreaux brûlaient,
ses chaînes brûlaient, son enfance brûlait.
Elle ne fuyait pas. Elle se transformait.
Quand elle disparut dans les grandes plaines, ce fut une naissance.
Son nom ne fut plus qu’une traînée de fumée accrochée aux cendres d’une vie qu’elle refusait de porter un jour de plus.
Pendant des mois, elle vécut avec l’instinct pour seul allié,
ramassant ce que la terre voulait bien lui offrir,
évaporant sa peur dans le vent,
dormant là où aucun homme ne penserait chercher une femme libre.
Et puis le destin fit son œuvre.
Elle rencontra d’autres femmes comme elle : cassées, piétinées,
mais encore vivantes, avec cette petite étincelle au fond des yeux que seule la liberté peut rallumer.
Elles se regroupèrent.
Elles apprirent.
Elles devinrent des louves.
Revolvers au flanc, bandanas rouges, regard sûr.
Elles braquaient des diligences avec la précision glaciale
qui pousse les hommes à comprendre, trop tard,
qu’ils ne savaient rien des femmes.
Lydia « Red » McGraw était devenue une reine hors-la-loi,
une légende galopant des plaines du Kansas aux montagnes du Colorado.
On la traitait de démon, on la traitait de sainte,
mais sur un point, tout le monde s’accordait :
le soir où le Golden Spur avait brûlé,
quelque chose de bien plus dangereux que le feu était né.
Une femme qui s’était juré de ne plus jamais appartenir à personne.
Et son histoire, murmurée encore aujourd’hui dans les saloons poussiéreux, porte une question plus grande que sa propre vie :
Que ferais-tu, toi,
si la seule façon de fuir ta cage
était de la réduire en cendres ?

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