Nous étions du feu.

Discours de Billy aux filles rebelles devenues grands-mères
Écoutez-moi bien, vous qui regardez vos grands-mères comme si elles n’avaient jamais fait qu’adoucir les rides du monde avec leurs sourires gris-argent…
Vous vous trompez de siècle.
Vous regardez la fin d’une histoire
en oubliant l’incendie qui l’a commencée.
Car ces femmes-là…
celles qui marchent aujourd’hui plus lentement,
celles dont les mains tremblent un peu quand elles cherchent leurs lunettes…
ont autrefois fait trembler le monde.
Elles n’étaient pas des fleurs sages dans un jardin bien tenu.
Elles étaient les fils électriques des années 60 et 70,
les étincelles qui ont sauté hors du cadre,
les filles rebelles qui ont osé dire au patriarcat :
« Si tu veux nous enfermer, il va falloir courir plus vite. »
Elles portaient des minijupes si courtes
qu’elles pouvaient couper le souffle à leurs mères
et faire s’évanouir leurs grands-mères.
Elles enfilaient des bottes hautes comme des déclarations de guerre
et des pantalons remplis jusqu’aux coutures
de rêves, de révolutions et de désirs indomptables.
Elles n’ont pas suivi le changement.
Elles l’ont incendié.
Avec du rock encore fumant,
avec des disques rayés qui faisaient tourner le monde autrement,
avec les voix de Johnny, Barbara, Brassens,
Beatles et Stones
comme des torches dans la nuit.
Ce n’étaient pas juste des chansons.
C’étaient des battements de cœur amplifiés,
des cris de liberté,
des serments sur vin rouge
et des promesses faites pieds nus sous les étoiles.
Elles ont dansé sur des juke-box qui crachaient des étincelles,
chanté sur les places,
hurlé dans des cafés,
couru en 4L trop petites et trop pleines,
cinq corps, cinquante rêves,
le vent comme complice et le monde en ligne de mire.
Elles ont fumé derrière les écoles,
embrassé trop tôt,
aimé trop vite,
et laissé partout des lettres parfumées
que leurs cœurs n’ont jamais osé jeter.
Elles n’avaient pas Instagram.
Elles avaient la vraie vie.
Pas de selfie :
seulement des souvenirs qui laissent des brûlures.
Pas de message vocal :
seulement des voix qu’on entend encore cinquante ans plus tard.
Elles ont appris à dire non.
Pour enfin dire oui sans trembler.
Elles ont existé dans un monde qui voulait leur silence
et qui n’a obtenu de leur part qu’une chose :
une révolution.
Alors écoutez bien, vous qui croisez aujourd’hui leurs pas ralentis :
Ces femmes n’ont pas commencé par la douceur.
Elles ont commencé par le feu.
Par le vent.
Par l’insolence.
Et la sagesse n’est venue que bien plus tard,
comme une ultime victoire.
Et à vous, filles d’aujourd’hui —
et même à vous, garçons, si vous êtes capables d’écouter sans vous vexer —
ces femmes ont un dernier conseil :
Courez.
Aimez sans pudeur.
Rebellez-vous.
Vivez sans crainte.
Parce qu’elles l’ont fait.
Et elles jurent que ça vaut chaque cicatrice.

Les autres suggestions de FEMINA LIBERTA

Femmes du monde, levez-vous

Femmes du monde, levez-vous

Femmes du monde, il y a dans l’air un murmure que seules celles qui ont porté la vie savent entendre, un souffle venu de si loin qu’aucun peuple ne s’en souvient vraiment, plus vaste que les déserts, plus tenace que le temps. Ce souffle dit que l’heure approche, et...

lire plus
La fille qui cabra le monde

La fille qui cabra le monde

Detroit, au cœur de l’année 1964. Une lumière pâle traverse un salon tranquille, et une enfant de treize ans, les yeux ouverts comme deux portes sur le vaste monde, regarde les Beatles faire vibrer l’écran. Dans ce moment suspendu, rien n’existe que cette musique qui...

lire plus
Femina Liberta

Femina Liberta

Écoutez-moi, filles de poussière, de villes, de montagnes ou de rues éclairées au néon.Le monde vous a raconté mille fois la même histoire :que votre place était derrière,que votre rôle était petit,que vos cicatrices étaient des faiblesses,et que vous deviez rester...

lire plus
Guérilla féminine douce

Guérilla féminine douce

Le pouvoir se cueille doucement, se garde au chaud, comme une braise fragile qu’on protège entre ses mains. . Une femme de pouvoir avance dans ses brisures. Elles affûtent sa force. . Chaque matin est une victoire secrète. Un sourire posé sur la tristesse pour...

lire plus
La femme qui brula sa cage

La femme qui brula sa cage

À quinze ans, on l’avait clouée à un lit de saloon comme une marchandise qu’on pose là, et on lui avait soufflé que sa vie appartenait aux hommes assez riches pour l’acheter quelques heures. À vingt ans, Lydia McGraw n’était plus une enfant : c’était une ombre épuisée...

lire plus
Elle inventa le courage

Elle inventa le courage

Dans le grand livre du monde, certains noms sont écrits à l’encre, d’autres au sang, et quelques rares femmes tracent leur histoire dans l’urgence d’un cœur qui refuse de regarder mourir. Marie Zakrzewska était de celles-là. C’était un après-midi de 1869, sur la...

lire plus